Ludovic Carro est élu maire en 1880, après la démission de Jean-Baptiste Rault. Il obtient 12 voix sur 15
Il est réélu en 1881 avec 16 voix sur 16 puis en 1884 ( 15 voix sur 15), en 1887 (11 voix sur 15). Il va pourtant être suspendu de ses fonctions pendant 1 mois en 1887 puis révoqué en 1892.
Lettre du sous-préfet au Préfet des Côtes du Nord
Le 16 mars 1887
A la suite des gelées qui, au mois d’août 1885, avaient ruiné les récoltes de blé noir, des secours sur les fonds de l’état furent accordées à un grand nombre de personnes de la commune de Gausson.
Les mandats furent envoyés au mois de juin 1886, au maire qui devait les remettre aux intéressés.
Or, dans le courant de septembre, je fus informé que des faits de concussion, de détournements et de faux pouvaient être reprochés à ce fonctionnaire.
Après avoir entendu ses explications et ses aveux, je crus de mon devoir de saisir l’autorité judiciaire de cette affaire particulièrement grave, et, le 10 octobre, j’écrivis à M. le Procureur de la République à Loudéac pour signaler la culpabilité du Maire et demander qu’une instruction fût ouverte.
Les enquêtes et interrogations auxquels il a été procédé ont appris qu’en effet, M. Carro, Maire de Gausson, avait disposé d’un certain nombre de mandats délivrés.
Les faits reconnus sont ceux-ci :
- quelques mandats n’ont pas été remis à leurs destinataires, connus cependant, et ont été donnés à d’autres personnes (9 mandats s’élevant environ à 46,50F)
- un plus grand nombre (50 pour un montant de 284,50F) dont M. le Maire ne connaissait pas les titulaires, ont été distribués à sa fantaisie, répartis entre ses amis, ses protégés ou des personnes qui en réclamaient, aussi bien à celles qui n’avaient subi aucun dommage qu’à celles qui n’avaient pas semé de blé noir.
Au lieu de faire connaître à l’administration l’impossibilité où il se trouvait de remettre ces mandats, M. Carro a dilapidé l’argent que le Gouvernement destinait à des cultivateurs éprouvés et nécessiteux. Environ 331F ont été ainsi détournés.
Sur les conseils de son père, le fils Carro, qui est secrétaire de mairie, a faussement acquitté un mandat de 6 F au nom d’un sieur Grosset.
Le Maire imputa cette somme sur le montant de ses contributions personnelles puis, plus tard, la donna à une femme de la commune. Il lui recommanda ensuite d’attester que l’argent provenait du mandat Grosset.
Ces actes n’ont pas été démentis par M. Carro qui, pour les justifier, a allégué qu’il avait cru bien faire en donnant à des gens peu fortunés, les mandats qui appartenaient à d’autres plus à l’aise ou à des propriétaires inconnus ; qu’il avait été approuvé par les membres du conseil municipal.
Dès qu’il a eu connaissance de la plainte déposée contre lui, M. Carro s’est empressé de parcourir la commune pour engager les titulaires ou les bénéficiaires de mandats à affirmer avoir touché les sommes portées sur ceux-ci. Il a cherché à circonvenir plusieurs témoins appelés à déposer aux enquêtes.
Il est venu me trouver pour obtenir que l’affaire n’eût pas de suite en justice et que l’administration se contentât de le révoquer.
Malgré les charges qui pèsent contre ce Maire, M. le Procureur Général, après examen des documents, a estimé qu’une ordonnance de non-lieu devait clore l’information parce que le double crime de concussion et faux n’a pas paru suffisamment caractérisé pour entraîner contre M. Carro une condamnation aux Assises.
M. le Procureur de la République m’avise de cette décision par sa lettre du 14 mars courant. Il ajoute qu’il appartient à l’administration de prendre, au sujet du sieur Carro, les mesures qui lui sembleront utiles.
Ce qui précède révèle la façon singulière dont le Maire de Gausson comprend ses devoirs envers l’Etat et comme il s’en acquitte.
Les intérêts de la commune ne sont plus respectés et je sais que M. Carro a irrégulièrement perçu des sommes qu’il a ensuite payées en tout ou partie aux intéressés.
Ces agissements, les plus graves que l’on puisse reprocher à un fonctionnaire municipal, me semblent appeler la répression la plus sévère de l’administration.
J’ai donc l’honneur de vous proposer de faire révoquer M. Carro de ses fonctions de Maire de la Commune de Gausson.
Il est très utile que cette mesure soit prise dans le plus bref délai, car il serait regrettable que le coupable se crût absous et justifié par la décision de l’autorité judiciaire et que l’opinion publique pût s’égarer au point d’attribuer à un intérêt politique – M. Carro ayant toujours été un adversaire du Gouvernement Républicain – une révocation qui ne sera que la légitime punition de faits qualifiés de crimes par le Code Pénal.
Veuillez agréer, Monsieur le Préfet l’hommage de mon respectueux dévouement.
Pour le Sous – Préfet en congé, le Conseiller général