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Voix de Gausson : 28 mars 1915

Publié le 3 Février 2015 par Michèle Harzo

François Le Floch, devant l'entrée d'un "boyau"

François Le Floch, devant l'entrée d'un "boyau"

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Je profite d’un petit moment de répit pour vous raconter quelques-uns des évènements survenus dans ma vie de campagne depuis ma dernière lettre. Ici, c’est bien le cas de le dire, les jours se suivent et ne se ressemblent pas.

Pour oublier les émotions de la guerre, nous sommes allés passer 15 jours de repos à S… Tout comme à la caserne, on nous faisait faire de l’exercice et des marches en tenue de campagne, cela nous donnait l’illusion de n’être plus en guerre. De plus, par mesure de prudence, on nous a fait à deux reprises une piqûre contre la typhoïde. Hélas ! on a oublié de nous en faire une contre les balles des Boches ! Probablement que les savants et les médecins ont oublié d’étudier la question.

Pendant que nous étions à S… soudain arrive l’ordre de quitter immédiatement cette localité et de nous en aller ailleurs pour y occuper un autre secteur. Nous partîmes donc vers une heure et demie de l’après-midi et arrivâmes à P.. à 4 heures. Deux heures après, nous étions en possession de notre cantonnement, nous y passâmes une partie de la nuit. Je profitai d’un petit instant pour aller faire une visite à l’église. A deux heures et demie du matin, nous prenions la route des tranchées de B… où nous arrivâmes vers 5 heures du matin. Notre section avait été désignée comme section de renfort. Nous étions dans la tranchée, assis sur un banc de terre comme… dans un compartiment de chemin de fer. Là, impossible de se mouvoir pour se réchauffer. Pourtant, il faisait mauvais, si bien qu’en allant à la tranchée le soir ou en s’éloignant le matin pour retourner au « pays », on prenait facilement un bon bain de pied. Nous avions au moins 1500 mètres de boyaux à faire chaque fois.

Ce nouveau secteur était tout différent de l’ancien. Ici, les obus étaient rares mais par contre, les balles sifflaient continuellement. Malheur à celui qui levait la tête au-dessus de la tranchée. Nous avons passé là quatre jours à une vingtaine de mètres de l’ennemi. Dix minutes avant de quitter cet endroit périlleux, un pauvre camarade d’escouade a été atteint en plein dans la tête par une balle. Il est mort sur le coup, sans donner aucun signe de vie. Il venait de me remplacer au poste d’écoute.

En plus de ces fusillades continuelles, nous avons constamment sous les yeux un triste spectacle. Dans la plaine qui s’étend entre les deux lignes ennemies, nous voyons des cadavres de soldats restés sans sépulture depuis le mois d’octobre. Ils couvrent le terrain et impossible de les enterrer. Plus loin en arrière, ce sont des corps d’animaux, desquels se dégage une odeur infecte. C’est triste, je vous assure

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