Après les combats d’Arras
La lettre suivante a été adressée à Monseigneur l’Evêque par trois prêtres soldats du diocèse actuellement sur le front, après les violents combats qui se sont déroulés autour d’Arras, le mois dernier.
Monseigneur, nous aurions bien voulu vous écrire plus tôt pour vous dire tous les consolations spirituelles que nous avons goûtées au milieu de nos chers combattants du 71ème , mais des évènements imprévus et précipités ne nous en ont malheureusement pas donné le loisir. Le 11 juin, fête du Sacré-Cœur, fut pour nous une journée de prières de réconfort et d’adoration ….
Chaque soldat reçut un petit drapeau du Sacré-Cœur, qu’il s’empressa d’agrafer crânement à sa capote. Après une journée bien remplie, nous pouvions retourner au combat, nous savions ce qu’on attendait de nous, le sacrifice était fait et offert à Dieu….
Le 16, le 1er bataillon enlève avec un élan magnifique la première tranchée allemande. Malheureusement, une violente contre-attaque se déclenche aussitôt, un feu épouvantable de barrage empêche nos renforts de se porter en avant. La situation devenant critique, le bataillon doit se replier. Cependant, une compagnie engagée plus avant ne peut revenir en arrière et lutte pendant près d’une heure avec une suprême énergie.
Dans cette compagnie, Monseigneur, se trouvaient l’un de vos prêtres, l’abbé Amicel (de Trévé), caporal et 4 de vos séminaristes : les abbés Etesse (de St Quay), sous-lieutenant, Beurel (de St Hervé), sergent-major, Germain (de la Malhoure) et Saintilan (de Plaintel), sergents. Ils sont restés, hélas, dans les lignes ennemies. L’abbé Saintilan a été tué en montant sur le parapet allemand. Le sous-lieutenant Etesse encouragea ses hommes à lutter jusqu’à la dernière extrémité et, quand il vit toute lutte impossible, il leur cria : « que ceux qui le peuvent se sauvent, mais que personne ne se rende ! » Des abbés Beurel, Germain et Amicel, nous n’avons aucune nouvelle précise. Daigne le Sacré-Cœur abréger leur exil et les ramener à notre cher diocèse, Monseigneur, où la moisson des âmes réclamera si impérieusement des moissonneurs….
Signé :
A. Le Levier, 1er bataillon du 71ème RI
E. Lérin : 2ème bataillon du 71ème RI
G. Le Déréat : 3ème bataillon du 71ème RI