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Voix de Gausson : 4 juillet 1915

Publié le 7 Mars 2015 par Michèle Harzo

Le moral est toujours bon

Non, je ne suis pas encore mort et même loin de l’être. Tout va bien, l’attaque n’a eu lieu qu’à un kilomètre de notre secteur. J’étais en première ligne pour assister à la danse. Tout s’est bien passé. Les Boches renoncent à reprendre les positions que nous leur avons enlevées et ils ont raison. Pendant l’attaque, nous n’avons eu qu’une faible contre-secousse. Un de mes collègues, adjudant lui-aussi, a reçu un obus en pleine poitrine, un de mes poilus a eu deux doigts blessés, dont un sérieusement. Le moral est toujours bon et la santé aussi, mais quand on a assisté à un bombardement tel que celui qu’ont subi les boches, on prie Dieu de ne pas se trouver à pareil pour son compte. Les pauvres diables, on n’a pas eu besoin de leur creuser de tombes. Ils ont été enfouis, les autres ont perdu la tête. Plus de deux mille y ont trouvé la mort, à peine une douzaine ont pu se sauver, 200 ont été faits prisonniers. Toute la nuit, nous avons assisté à un feu d’artifice superbe. Les fusées et les obus illuminaient de lueurs sanglantes tout l’horizon sur un kilomètre. Nous avons lancé plus de 100 000 obus. Le moral de mes hommes est excellent, l’espérance renaît en leur cœur. Ce sera peut-être encore long mais la victoire finale nous appartient. Encore des canons et des munitions et nous les bouterons hors de chez nous. Qu’ils s’en aillent donc et qu’ils nous laissent retourner voir ceux que nous aimons. On se demande ici, si en arrière, il existe encore un monde et s’il n’est pas limité aux soldats qui nous entourent. Nous ne voyons que des soldats. Heureusement que, de loin en loin, les lettres de ceux qui nous sont chers viennent nous rappeler que là-bas, on pense à nous, on prie pour nous et qu’on souffre pour nous.

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