Dans cette lettre de 1876, de l'Inspecteur de Loudéac à l'Inspecteur d'Académie, on peut voir que l’instruction n’était pas d’une importance capitale pour le Conseil municipal de Gausson (mais aussi, sans doute, pour la plupart des habitants). Après avoir traîné des pieds pour construire une école neuve, le Maire défend un instituteur qui n’est pas à la hauteur de sa tâche !
Dans notre commune rurale, on avait besoin de bras. Les plus jeunes enfants (vers 6/7 ans) allaient garder les vaches, les plus âgés (dès 10/12 ans) participaient aux travaux de la ferme. Dans les familles pauvres, les enfants étaient placés comme « patours » dans les fermes voisines : ils y étaient nourris et logés.
Dans le recensement de 1866, on note que sur les 2023 habitants (dont 350 de moins de 7 ans) :
- 852 ne savent ni lire ni écrire (438 sexe masculin, 414 sexe féminin)
- 588 savent lire seulement
- 548 savent lire et écrire
- 35 dont on n’a pu vérifier l’instruction
La loi de Jules Ferry de 1881 sur l’école obligatoire va un peu améliorer la situation. Elle va contraindre les familles à envoyer leurs enfants à l’école, mais on peut constater, en feuilletant les registres d’appel des différentes écoles, que l’assiduité n’était pas très bonne, et les absences nombreuses. « Pourquoi user ses fonds de culotte à l’école quand il y a du travail à la maison ? » disait-on.
Mon père (né en 1918) me racontait qu’il avait souvent manqué la classe quand un travail important demandait des bras à la ferme, et que sa sœur était entrée en religion, pour pouvoir continuer ses études !
Ce n’est qu’après la seconde guerre mondiale que l’intérêt pour l’instruction va s’imposer dans les esprits…
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transcription de la lettre de l’Inspecteur de Loudéac à l’inspecteur d’Académie de Saint Brieuc
Loudéac le 17 septembre 1876
Monsieur l’Inspecteur d’Académie
Le 19 novembre, j’ai écrit au Préfet pour le prier de mettre Monsieur le Supérieur de Ploërmel en demeure de remplacer le frère Thélo. Je n’ai pas encore reçu de réponse.
Les pièces que vous me communiquez me prouvent une fois de plus que ce maître est tout à fait au-dessous de sa tâche
Le Conseil municipal de cette commune me paraît guère préoccupé de l’instruction de ses administrés puisque dans une délibération que je vous communique aujourd’hui, il demande à l’unanimité le maintien du frère Thélo
Cette demande ne peut nous faire renoncer au projet de remplacer au plus tôt ce pauvre instituteur.
signé : L’Inspecteur de Loudéac.