C’est une chose bien triste que la guerre, et les batailles qui se livrent sont vraiment cruelles.
Je suis sorti l’autre matin d’une tranchée et nous avons fait plus de 5 lieues pour en rejoindre une autre. Nous y sommes arrivés dans la soirée. Nous entendons le canon gronder et la fusillade est continuelle. Dans la plaine qui s’étend au-devant de nous, j’aperçois plusieurs chevaux, des vaches et d’autres animaux qui gisent là, tués par les obus et les balles. Il n’y a plus un habitant dans la localité où nous nous trouvons, ils ont tous fui, abandonnant ce qu’ils possédaient. Hier, nous avons fait plusieurs prisonniers. Deux soldats français d’un régiment d’infanterie sont arrivés, ils avaient été pris par les Boches, ils ont réussi à s’évader. C’est chez nous qu’ils sont venus se réfugier.
J’ai acheté du linge et des chaussures. Il m’a fallu payer un bon prix : tout est rare. Les ennemis ont tout volé et tout saccagé. Voilà 3 jours que je suis en train de vous faire cette lettre. Il y a eu une bataille hier. Devant nous gisent 30 Allemands que nous avons tués. Aujourd’hui, nous leur avons enlevé leur casque.
Une autre lettre
Ici, les habitants se sont tous sauvés, les autres ont été tués. Toutes leurs maisons ont été incendiées par les obus. La vue de ce spectacle est épouvantable. Voilà 15 jours que nous bataillons. Impossible de sortir, ni même de se laver, impossible aussi d’écrire, on ne trouve plus de papier. Les balles sifflent au-dessus de ma tête.