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Voix de Gausson : 24 janvier 1915

Publié le 4 Janvier 2015 par Michèle Harzo

Voix de Gausson : 24 janvier 1915
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La guerre, que l'on pensait terminée avant Noël, continue de décimer les troupes.

Voix de Gausson du 24 janvier 1915

A l’ambulance du front

Il est minuit et quart. Je suis de veille comme cela m’arrive toutes les deux nuits depuis vingt et un jours. Je viens de conduire dans ma salle quatre blessés pas trop gravement atteints et un malade. Tous les autres sont partis par le convoi d’hier soir. J’ai donc pu dormir trois heures avant l’arrivée de mes nouveaux blessés et maintenant, léger et dispos, je suis à vous.

J’ai bien voyagé depuis le commencement de la guerre. Je suis allé jusqu’à X.., j’en suis revenu. Maintenant, je pourrais marcher sur des charbons ardents sans faire la grimace. Toujours sans chaussettes, je me suis fait une véritable « ralle » sous les pieds… Pendant mes pérégrinations, j’ai pu voir le 19 septembre au soir, l’incendie de la belle cathédrale de Reims. A 9 kilomètres, on l’apercevait assez bien. Depuis quelques temps, nous sommes stationnaires. Notre ambulance a eu de nombreux blessés ou malades. Quelques-uns dorment près de nous leur dernier sommeil. Je suis devenu un peu croque-mort, car ceux qui meurent, je les transporte d’une salle au dépôt et du dépôt au cimetière. Nous mettons en lieu sûr ce qu’ils possèdent. Argent, objets de piété et autres, si chers désormais aux parents, seront retournés à la famille. Tout cela vous prouve que je ne suis pas à l’hôpital avec des blessés couchés dans un lit. Non, ce sont de pauvres hommes qui nous arrivent couverts de sang, de terre, méconnaissables. Quelques-uns, on le devine, sont frappés à mort. Il y a des blessés à la tête, à la poitrine, au ventre, que la terrible « faucheuse » tient déjà entre ses griffes. Parfois aussi, la voiture nous remet un cadavre, la mort a fait son œuvre durant le trajet. Ce sont des visions d’horreur qui resteront et qui sont peut-être destinées à nous mûrir complètement.

P.L.P ambulancier

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