Overblog Tous les blogs Top blogs Tourisme, Lieux et Événements Tous les blogs Tourisme, Lieux et Événements
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité
gausson.histoire.overblog.com

Découvrez le livre qui relate l'histoire de la commune de Gausson (22).

Voix de Gausson : 25 avril 1915

Publié le 11 Février 2015 par Michèle Harzo

Voix de Gausson : 25 avril 1915
Publicité

Rentrée des tranchées à 6 heures et demie, messe à 8 heures et demie. J’ai bien prié pour vous. Moi aussi, j’ai eu mon dimanche des Rameaux.

J’ai été nommé adjudant, à ma compagnie. L’avais-je mérité ? Je l’ignore, mais je suis tout de même content.

Ne me grondez pas si je n’ai pu vous envoyer un petit coin de ma figure. Ici, nous sommes au combat. N’entendez-vous pas ces obus qui sifflent au-dessus de ma tête ? Ecoutez-le piaulement de ces balles, les unes se pressant pour apporter la mort, les autres arrivant en bourdonnant, nous avertir de leur approche. Tenez, en voici d’autres qui arrivent, ne dirait-on pas les pleurs d’une mère, les pleurs qu’elle fera verser en atteignant son fils ? Alors comment voulez-vous qu’un photographe s’aventure au milieu de ces dangers ? Vous me répondrez peut-être : mais il y a les jours de repos. Oui, c’est vrai. Après 48 heures en 1ère ligne, nous descendons nous reposer pendant 48 heures mais ce repos n’est pas toujours aisé, nous logeons dans un village abandonné à 3 kilomètres des Boches et à chaque instant, les rafales d’obus arrivent. Quand on se trouve dehors, on joue à cache-cache avec ces obus : les murs, les arbres, les trous, tout est bon pour se cacher, quand on a le courage de le faire.

Il y a 4 jours, à 4 sergents, nous jouions, « vrais gosses », aux billes. Tout à coup, au-dessus de nos têtes a éclaté un obus, augmentant de ses shrapnells le nombre de nos billes et…. la partie a continué…

D’ailleurs, si la plaque photographique pouvait prendre l’ours que je suis, vous ne me reconnaîtriez pas. Pensez-donc : 7 mois sans se raser !

Hier, journée superbe, journée d’été. Les avions en ont profité pour leurs reconnaissances, tout le jour, ils n’ont cessé de survoler les lignes allemandes, se faisant accueillir par des rafales d’artillerie. Que de terribles périls affrontent nos aviateurs ! Nous, du moins les fantassins, nous restons tranquillement tapis dans nos trous, ne montrant la tête au-dessus de la terre que la nuit et encore pas toujours. Nous laissons passer au-dessus de nos têtes les balles et les obus qui ne tombent pas sur nous. Nous ne craignons que la mine souterraine qui nous expédie en l’air pour nous replonger ensuite au sein de la terre…. Avec les mines, nous craignons aussi les bombes : qu’une d’entre elles venant nous faire visite, ne nous mette un peu brusquement à la porte de nos tranchées, soit en faisant de notre corps mille et quelques morceaux plus petits les uns que les autres, soit en expédiant notre tête à une distance telle qu’on ne la retrouve plus, d’autres fois, le tronc seul est projeté au-dehors… non, il vaut mieux que je me taise..

Mon moral est toujours bon ! Bon courage à vous-même et priez toujours pour moi…

Y .P.

Publicité
Commenter cet article
Publicité