Après un dur combat
Vous avez sans doute appris que j’ai de nouveau été blessé. Cela m’est arrivé le 1er octobre, après sept jours de furieux combat. J’étais à X… où beaucoup de Bretons sont tombés, l’an dernier. Ce fut très dur et quand je fus blessé, il ne restait plus à ma compagnie que 40 hommes environ. De toute ma compagnie, je suis le seul sous-officier qui soit allé jusqu’à l’arrêt de l’attaque et c’est miracle si je suis encore vivant. Je n’eus pas trop à souffrir du bombardement, je m’étais mis du coton dans les oreilles et quand vint la seconde de sauter le parapet, je n’eus aucune appréhension. Je pensais bien à la mort, elle était là, du reste, tout autour de moi, mais elle ne me faisait pas peur, j’avais communié l’avant-veille…
Je courais, appelant mes hommes, je ne m’entendais même pas, tant le fracas était violent. Je fus assez heureux d’atteindre les tranchées ennemies et à quinze, nous fîmes plus de trente prisonniers. Toute ma vie, je me rappellerai cette charge, il me semble que c’était hier. Trois jours après, le 28 septembre, j’ai reçu dans la tranchée boche même, la croix de guerre et j’étais cité à l’ordre du jour.
Le soir, j’étais proposé pour le grade d’adjudant, mais ma blessure est survenue avant ma promotion. Je n’en fus pas mécontent, j’étais si fatigué. Depuis huit jours, nous n’avions mangé que des conserves et des biscuits et l’eau de la S… était notre seule boisson. Maintenant, je suis en convalescence. Je serai bientôt en permission…
J. M. sergent