Deux régiments de territoriaux bretons (le 73ème de Guingamp et le 74ème de St Brieuc) auront le triste privilège de faire partie des premiers soldats touchés par une attaque aux gaz, en première ligne de l’Yser. Ils seront décimés en moins d’une heure (2000 morts).
Le 22 avril 1915, à 17h, dans la plaine au nord d’Ypres, s’élève un nuage épais couleur ocre et jaunâtre. Côté alliés, on pense à un feu masquant une offensive. Mais très vite, la nappe toxique (chlore) enveloppe les combattants et les asphyxie. Certains soldats meurent dans les tranchées, d’autres en s’échappant tombent à leur tour. Les plus chanceux parviennent à se mettre à l’abri derrière l’Yser, d’autres s’enfuient vers le secteur britannique, au sud-ouest. En moins d’une heure, le champ de bataille est aux mains des Allemands.
Cette attaque a été vécue et décrite par l'abbé Nivet, vicaire de Gausson. Sa lettre est reproduite dans "la voix" du 19 décembre 1915 (elle était datée du 28 mai)
Au cours de la fameuse affaire du 22 avril, une fois encore, la mort m’a frôlé de bien près mais n’a pu m’avoir. Aidez-moi à remercier le Bon Dieu et la Vierge Marie. Ce qu’a été la journée du 22 ? Une plume autorisée l’a relaté dans la Croix des Côtes du Nord, numéro du dimanche 26 mai. Ce fut la réédition de Langemark, considérablement augmentée. Je fus témoin de ce drame, il fut terrifiant. Des hommes de notre régiment qui étaient en première ligne, il n’est revenu qu’un petit nombre. Parmi les réchappés se trouvaient : François Jouny, Alexandre Dubos, Louis Fourchon et enfin Mathurin Moisan qui, hier, a donné signe de vie. Et les autres Gaussonnais ?.... Disparus… Peut-être qu’au pays, on est mieux renseigné à leur sujet… dans ce cas, on serait bien aise d’avoir de leurs nouvelles. Depuis lors, nous sommes à l’arrière. Durant la première quinzaine, toutes les nuits et par fractions, nous étions employés à la construction de tranchées. Pour l’instant, nous sommes dans la petite ville de S… mais toujours dans la zone des « marmites ». La vie est celle du quartier : exercices matin et soir, puis quelques marches. Entre temps, aux plus robustes, on inocule le vaccin anti typhique, ce n’est pas du tout rigolo. Ce qui est mieux, c’est la facilité que nous, prêtres, avons d’offrir le sacrifice de la messe.
Avec tout cela, voici que nous allons entrer dans le onzième mois de la guerre. A quand la fin ?
5 Gaussonnais appartenaient au 74ème RI :
- Pierre Geffray
- Jean Baptiste Haméon
- François Rault
- Joseph Rault
- Jean Rebindaine
Pierre Geffray et François Rault
mourront ce jour-là près d’Ypres.