Il est plus facile d’ériger une trêve, comme Gausson, La Motte ou Le Quillio, en paroisse, que dans supprimer une, comme à Langast !
Après la Constitution civile du Clergé, l’Etat veut contraindre l’Eglise à accepter les nouvelles circonscriptions territoriales. Il nomme les prêtres. Certains s’y opposent, souvent soutenus par la noblesse, on les dit « réfractaires ».
A Langast, se mêlent, défense de l’identité de la commune et révolte des prêtres réfractaires. L’ensemble est condamné par les élus de Plouguenast dans une lettre du 12 avril 1792.
Le conseil de la commune de Plouguenast, au canton du dit nom, district de Loudéac, de concert avec le sieur François Laletton, vicaire provisoire de la dite paroisse, a l’honneur de mettre sous vos yeux la conduite alarmante du sieur Basset, curé de Langast. Non content d’être rebelle à la loi, de ne pas reconnaître Monsieur l’Evêque du département des Côtes du Nord, d’empêcher ses paroissiens de s’y adresser pour dispenses et autres objets, de ne pas suivre l’ordo et les fêtes de ce diocèse, au contraire de fêter celles du ci-devant évêché de Dol, d’avoir lu et commenté le prétendu bref du Pape au prône de sa grand-messe, se permet et s’attribue aujourd’hui, contre le quatrième concile de Latran et les statuts du diocèse, de confesser et faire faire les Pâques aux paroissiens de Plouguenast et d’autres paroisses, d’attirer les femmes à faire leurs couches dans sa paroisse, les introduit après leur couche, et bien d’autres qui accouchent dans d’autres paroisses, permet aux ecclésiastiques non conformistes de Plouguenast de prendre en son église et chapelles le Saint Viatique pour le porter aux malades et infirmes de Plouguenast de jour et de nuit, de dire la grand-messe, prêcher et confesser.
Par-là, ils attirent par leur exemple et leur conseil, une troupe de peuple à qui ils inspirent leur doctrine incendiaire et pour comble du désordre, les endoctrine, chemin faisant. Rendus dans leur village, ils répandent le venin qu’ils ont avalé et allument partout le flambeau de la discorde. Ils damnent et jugulent quiconque ne veut pas les suivre et penser comme eux. Déjà s’en sont suivis plusieurs disputes, coups de pierre, batailles. Bientôt s’en suivront des meurtres et une révolte populaire, but que se proposent sans doute ces fanatiques, si vous ne vous hâtez pas de déconcerter leur projet.
Qu’il vous plaise donc, Messieurs, d’ordonner de faire fermer l’église et les chapelles de Langast, seul remède au mal présent, en attendant l’arrondissement du canton, qui n’éprouvera aucune difficulté, sitôt que les commissaires paraîtront.
Vue la situation et les limites bien distinctes par une rivière qui partage Langast en 2 parties égales, dont la plus éloignée du côté du bourg de Plouguenast et celle du côté du bourg de Plessala, ne seront qu’à une demi-lieue ou environ.
Par conséquent, les paroissiens de Langast en deçà et au-delà de la rivière, ne seront pas gênés pour la messe.
Ce foyer et ce refuge de l’aristocratie du pays détruit, les bons citoyens ne seront plus outragés. Les égarés reviendront à leur église, pour la plupart à leur grand désir, car les uns y allaient par la contrainte ou par complaisance pour leurs maîtres et les autres, dans le doute, à cause de la proximité du bourg de Langast qui n’est qu’à un quart de lieue de celui de Plouguenast.
C’est le vœu des bons citoyens et des soussignants de Plouguenast.
Jean Gallais, maire, M. Lamandé, prêtre, Louis Latimier, Mathurin Mounier, Jacques Martin, Alain Jouany …. et beaucoup d’autres


