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L'école des filles de la Cour - conflit Evêque/Municipalité en 1865 - page 2

Publié le 24 Janvier 2019 par Michèle Harzo

L'école des filles de la Cour - conflit Evêque/Municipalité en 1865 - page 2
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transcription de la lettre du sous-préfet de Loudéac

 

Loudéac le 3 avril 1865

 

J’ai le malheur de ne jamais me trouver dans de bons termes avec l’évêché. Malgré toute la réserve que je porte dans l’instruction des affaires intéressant le clergé et les congrégations religieuses, on m’impute invariablement des sentiments d’hostilité qui, je puis vous l’affirmer, n’ont jamais dirigé ma conduite. Ma réputation n’est pas meilleure avec Monseigneur David, qu’elle ne l’était auprès de ses prédécesseurs. C’est une situation que je dois me résigner à subir. Voici une affaire insignifiante en elle-même mais qui, par suite de petites intrigues, a excité la susceptibilité du prélat est arrivée à de grandes proportions. J’ai écrit à Monseigneur que je vous soumettrais ma conduite afin que vous l’approuviez ou la blâmiez. J’ai dit en outre que je vous enverrais notre correspondance et vous la trouverez ci-incluse.

La classe des filles de Gausson est trop petite. Le besoin de l’agrandir se faisait sentir, lorsqu’une fille Roullé disposa, par acte testamentaire d’une somme de 1000 francs pour cette destination. Le conseil municipal manifesta son désir d’accepter mais en déclarant qu’il lui était impossible de rien ajouter à la somme léguée. L’acceptation a été autorisée.

Bâtir une classe avec 1000 francs était chose absolument impossible. Il fallait aviser une autre combinaison. Le conseil municipal crut concilier les intentions de la légataire avec les besoins sentis en ajoutant une des pièces de la maison habitée par les sœurs à la classe actuelle. Une délibération dans ce sens fut prise, je pourrais dire à l’unanimité, puisqu’il n’y eut qu’une seule voix dissidente. La délibération me fut adressée mais avant de vous la transmettre, je voulais conférer avec le Maire et m’assurer que l’aménagement voté laissait aux sœurs une habitation convenable. Le Maire se rendit à mon invitation. Il m’expliqua, le plan des lieux à la main, que la pièce à amener à la classe ne servait présentement aux sœurs que d’appartement de décharge et qu’après l’annexion, il leur resterait encore :

  • Une cave au sous-sol
  • Au rez-de-chaussée, une cuisine, un salon et un caveau
  • Quatre chambres et un cabinet à l’étage
  • Un vaste grenier sur le tout
  • Dans la cour, écurie, hangar et buanderie

Il me parut qu’un logement dans ces proportions et avec de telles dépendances était bien suffisant pour deux sœurs. Je vous transmets la délibération, sans observation. Les pièces étaient à votre examen, lorsque je reçus la visite de la supérieure. Elle prétendait que l’exécution de la mesure projetée allait considérablement réduire son logement, qu’il conviendrait mieux de bâtir, en dehors de l’habitation et que si les 1000 francs ne suffisaient pas, elle ajouterait 500 francs dont elle pouvait disposer. Je lui expliquais que son projet était irréalisable. J’ajoutais que vous suiviez le dossier et que si elle avait quelqu’objection ou proposition à faire, il fallait se hâter de vous les soumettre. Elle me quitta en me disant qu’elle allait vous les faire porter par ses supérieurs. J’ai lieu de penser qu’on ne vous a fait aucune communication. Dans le cas contraire, vous avez décidé, avec parfaite raison, qu’il n’y avait pas à tenir compte des objections et vous avez approuvé.

Tout paraissait donc terminé, lorsque Monseigneur, a cru devoir intervenir. Vous lirez les lettres que nous avons échangées. Je crois m’être maintenu dans les limites u respect que je dois au prélat. Je persiste à dire que le conseil municipal a fait la seule chose qu’il peut raisonnablement faire.

Les devis les plus modestes n’évaluent pas à moins de 2500 francs la dépense à faire pour construire une classe et certes le chiffre est loin d’être exagéré. Ce n’était donc pas avec 1000, ni même 1500 francs qu’il eût été possible d’entreprendre la construction et d’ailleurs pourquoi charger la commune de l’entretien d’un nouveau bâtiment alors que ceux qui existent déjà  suffisent. Remettre la somme aux sœurs en leur laissant construire à leur guise n’était pas possible. Il y a lieu de s’étonner qu’elles aient élevé cette prétention et que l’Evêque l’ait sérieusement soutenue.

D’un autre côté, c’est aller contre l’évidence que de prétendre que l’habitation laissée aux sœurs est insuffisante. Il n’y a pas à discuter contre un fait. On peut dire que le logement serait plutôt trop grand que trop petit pour deux sœurs qui l’habitent. Ce qu’il y aurait de positif, c’est qu’elle ne saurait que faire de leur habitation si la classe était transportée dans une maison séparée. Quand on examine la chose sans prévention, on est amené à reconnaître que l’administration municipale devait prendre le parti auquel elle s’est attelée. Jamais le maire n’a agi par caprice ni dans l’intention de tracasser les sœurs. M. Doré Gaubichaye n’est certainement pas hostile au clergé, c’est un homme droit, d’une parfaite loyauté.

Il serait possible, Monsieur le Préfet, que l’Evêque vous entretienne de l’affaire, ne vous exposant pas les faits comme je vous les expose. Je n’ai aucun intérêt à dissimuler la vérité et vous pouvez tenir pour certain que la situation est bien telle que je vous l’ai dite. L’Evêque pourra voir qu’il a été trompé, si vous envoyez quelqu’un sur les lieux. Je suis bien éloigné de redouter une vérification. Les sœurs se sentent appuyées par le prélat, s’agitent beaucoup et troublent la tranquillité de la commune. Je ne serais pas surpris que des pétitions vous soient adressées contre le projet adopté par le conseil municipal.

L'école des filles de la Cour - conflit Evêque/Municipalité en 1865 - page 2
L'école des filles de la Cour - conflit Evêque/Municipalité en 1865 - page 2
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